Sélection estivale sous une pluie de balles – Part. II

Salutations les aminches !

Suite de ma sélection estivale entamée dans l’article précédent. Aujourd’hui, c’est au tour du cinéma et de la BD d’être à l’honneur, à travers une sélection de quelques oeuvres moins connues, toutes liées évidemment à la thématique de la Seconde Guerre mondiale

Et si on se faisait un film ?

– On commence par un film soviétique dur pour un sujet difficile : les exactions nazies en Biélorussie. « Idi i smotri » d’Elem Limov, plus connu chez nous sous le nom de « Requiem pour un massacre » est un film sorti en 1984, qui suit le parcours d’un jeune Biélorusse Fiora qui veut intégrer les rangs des partisans et qui va se retrouver embarqué dans un chassé-croisé avec les nazis qui pullulent dans la région. C’est à travers ses yeux que l’on découvre les ravages de la guerre à l’Est et la politique d’anéantissement menée par l’occupant. D’abord dans l’extermination de sa propre famille et de son village – dont il ne voit que le résultat – ; puis dans l’éradication d’un second village à laquelle il assiste bien malgré lui intégralement : regroupement de la population, viols collectifs et mise à mort des habitants brûlés vifs à l’intérieur d’une église. Un film coup de poing, lent et pas toujours facile à suivre, à mi chemin entre le documentaire et le film historique, dont on sort un peu hébété par la violence omniprésente et impressionné, particulièrement par le jeu du jeune acteur principal qui n’en ressortira d’ailleurs pas indemne : il faut dire qu’en plus de la violence du propos, une partie des combats sont tournés à balles et à obus réels…

Idi I Smotri

– Poursuivons sur l’Ostfront, avec le film « Stalingrad ». Evidemment, il ne s’agit pas du clinquant film de Jean-Jacques Annaud, pourri par les clichés, mais de celui bien plus convaincant du cinéaste allemand Joseph Vilsmaier, sorti en 1993. Ce dernier suit la bataille du point de vue exclusif des Allemands, chose rare pour être notée. Il s’attache ainsi à un groupe de jeunes sapeurs envoyés à Stalingrad à la mi-novembre, c’est-à-dire quelques jours avant le déclenchement de la contre-offensive soviétique qui aboutira à l’encerclement de la VIème armée. Les batailles sont plutôt bien reconstituées, la première montrant la difficulté de progresser dans une ville qui n’est plus qu’un champ de ruines ; l’affrontement contre les T-34 montrant la lutte désespérée d’une armée allemande aux abois, incapable de briser l’encerclement inéluctable. La dernière partie du film suit la déchéance des soldats, privés de ravitaillement et qui cherchent à s’en sortir avec les moyens du bord. Bien qu’intéressante, cette partie est moins cohérente et se laisse aller à de nombreuses invraisemblances.

Stalingrad

Non exempt de défauts, il n’en reste pas moins le meilleur film disponible sur cette bataille mythique, loin devant le tissu de conneries de M. Annaud, ou encore le très décevant « Stalingrad » de Fiodor Bondartchouk sorti en 2013 et qui dégouline de patriotisme abêtissant et de bons sentiments lénifiants : à fuir à tout prix !

– Toujours à l’Est, le film « Battle for honor : la bataille de Brest-Litovsk » d’Alexander Kott sorti en 2010, raconte la résistance désespérée de la garnison de la forteresse de Brest-Litovsk lors des tous premiers jours du déclenchement de l’opération Barbarossa en juin 1941. Basé sur un fait historique porté aux nues en Russie, le film est construit comme une ode à la gloire de l’Armée rouge, mais sans en faire des tonnes ce qui fait qu’il se laisse plutôt bien regarder. Mais s’il apporte un éclairage mérité sur un haut fait de la résistance miliaire soviétique, il passe évidemment sous silence le fait que 2 ans plus tôt, soldats de la Wehrmacht et soldats de l’Armée rouge avaient conjointement défilé en cette même forteresse, cela sur les débris de l’armée polonaise broyée par les deux mastodontes. N’oublions pas que ce sont toujours les vainqueurs qui font l’Histoire… 😉

Battle for honor

– Retour sur le front ouest avec le film « Die Brücke »/ »Le pont » qui vaut également le coup d’oeil. D’abord parce que c’est un film allemand de 1959 et qu’il constitue à ce titre l’un des premiers grands films sur ce thème dans l’Allemagne d’après-guerre. Ensuite parce qu’il s’intéresse à l’embrigadement des plus jeunes dans le Volkssturm, jeunes à qui on va demander de se sacrifier alors que tout est déjà perdu et cela jusqu’au bout du bout. En effet, le film qui se passe à la fin du mois d’avril 1945 suit ces néophytes mal encadrés et sous-équipés dans la défense impossible tout autant qu’inutile d’un pont. Cela alors même que les vétérans de l’armée régulière fuient les combats sous les quolibets de nos bleus qui estiment que ces Feldgrau ne sont que des lâches. Une défense qui les condamne à mort pour rien, car ce pont est censé être démoli par les sapeurs de la Wehrmacht afin de gêner la progression des armées américaines. Inspiré de faits réels, un film qui invite à réfléchir sur l’absurdité de la guerre, si on avait encore des doutes à ce sujet.

Die_Bruecke_1959

– Délaissons le théâtre d’opérations européen pour celui du Pacifique avec « Le soldat dieu » de Koji Wakamatsu, sorti en 2010. Initialement intitulé « La chenille » en japonais, ce film narre le retour dans son village d’un soldat japonais, Kurokawa, mutilé au combat. Amputé des jambes, des bras, sourd, aphasique et défiguré, on n’est pas loin du héros de « Johnny got his gun » qui était lui aussi réduit à l’état de légume, à la suite de blessures subies pendant la Première Guerre mondiale. Mais la comparaison s’arrête là, car le but de Wakamatsu n’est pas tant de s’apitoyer sur ce soldat et sur ce qui se trame en son fort intérieur, que de dénoncer la violence et le militarisme de la société nippone des années 40. En effet, tout le monde doit rendre hommage à ce soldat et se mettre à son service. C’est évidemment le cas de sa femme qui ne peut et ne doit pas se plaindre, invitée au contraire à se sacrifier pour celui qui a tout donné pour la nation. Réduite à l’état d’esclave y compris sexuelle, devant répondre aux moindres désirs de son mari, on suit son parcours cauchemardesque dans une société fanatisée et jusqu’au-boutiste. Un film dérangeant, mais finalement salutaire quand on connaît la force du nationalisme japonais actuel et sa fâcheuse tendance à oublier ce qui l’arrange.

Soldat dieu

Et pour les bédéphiles…

– Restons sur le front pacifique avec ce très beau manga : « Eien no zero » c’est-à-dire « Zéro pour l’éternité » de Naoki Hyakuta et Sōichi Sumoto. Il s’agit de l’adaptation du roman éponyme de Hyakuta qui raconte l’histoire d’un jeune étudiant un peu paumé – Kentaro – qui cherche à retracer l’histoire militaire de son grand-père. Celui-ci, pilote de chasse pendant la guerre, a réussi à survivre à toutes les batailles avant de terminer sa carrière comme pilote Tokotai, mieux connu chez nous sous le nom de Kamikaze. Kentaro et sa soeur Keiko ne comprennent pas comment il en est arrivé là et vont donc s’enquérir auprès d’anciens pilotes qui ont tous connu leur grand-père.

zero-pour-eternite

Si le trait est classique, l’histoire est particulièrement intéressante, tant sur les batailles vues du côté japonais, que sur ce besoin de la génération actuelle de comprendre comment leurs familles, leur pays de façon plus générale, ont pu ainsi basculer dans le jusqu’au-boutisme suicidaire.

– Sur un thème similaire, je vous conseille le manga « Tokkou no Shima », à savoir « L’île des téméraires » de Satô Shuho. On suit là aussi de jeunes Japonais qui vont faire le sacrifice de leur vie en des attaque suicides, non pas par avion, mais par sous-marins de poche, véritables torpilles humaines. Le désespoir transpire à chaque page de ce manga au trait sombre, car si tous – ingénieurs, mécanos, pilotes – se donnent corps et âme à leur mission, tous savent également que cela ne constituera jamais une arme miracle, tout au plus un moyen de ralentir un ennemi éminemment supérieur en nombre.

l-ile-des-temeraires

Ce manga nous éclaire donc à sa manière sur un épisode moins connu de la guerre du Pacifique que l’épopée suicidaire des Tokotai. A ne pas lire toutefois si vous n’avez pas le moral, car l’ambiance y est un parfois morose comme je vous l’ai mentionné.

– Retour sur l’Ostfront avec une très belle série des éditions Paquet : « Le Grand Duc » de Yann Hugault. On y suit le parcours croisé d’un as de la chasse allemande et d’une pilote soviétique appartenant aux fameuses Sorcières de la nuit. Si l’intrigue n’évite malheureusement pas les clichés – un héros aussi bon pilote qu’il est un farouche anti-nazi (quand on sait qu’en dehors de la SS, la plus nazie des trois armes était la Luftwaffe, cela fait doucement rigoler…), une héroïne dotée d’un courage directement proportionnel à ses protubérances mammaires, une histoire d’amour à priori impossible mais qui va le devenir, etc – cela reste tout de même une série de bonne facture servie par un dessin superbe : les scènes de bataille aérienne sont un régal pour les yeux. Bref, une série classique mais qui vaut le détour, surtout si l’on a envie de découvrir la guerre aérienne à l’Est sans trop se prendre la tête.

Le Grand Duc

D’ailleurs de façon plus générale et pour les amateurs, les éditions Paquet ont développé toute une ligne éditoriale autour de l’aviation, appelée « Collection Cockpit », que je vous invite à visiter : Première, Seconde guerre mondiales, conflits plus récents, il y en a pour tous les goûts. Avec toujours les mêmes qualités : des dessins à tomber, des scénars (trop) classiques.

– Toujours chez Paquet – vi je critique, mais j’aime leurs BD 😉 – je vous invite à découvrir « L’armée de l’ombre » d’Olivier Speltens. On y suit de jeunes soldats allemands, envoyés sur l’Ostfront pour colmater les brèches désormais béantes en cette année 1943. L’auteur a pris le parti délibéré de délaisser Stalingrad pour se concentrer sur d’autres batailles – dont Koursk quand même – moins mises en avant. Le trait est là aussi classique mais c’est beau et certaines planches accrochent vraiment l’oeil, particulièrement celles montrant les blindés en action. Quand à l’histoire, si l’on n’évite pas là encore les poncifs du genre – le vétéran revenu de tout, le jeune idéaliste rejetant le nazisme, etc – elle se tient et n’hésite pas à montrer la Heer dans ses opérations de nettoyage des villages soviétiques, ce qui est relativement rare dans ce genre d’oeuvre grand public.

Armée de l'ombre

NB : ceci n’est pas la couverture de l’édition standard de la série, mais une couverture toilée disponible uniquement dans les librairies affiliées au réseau Canal BD. Elles sont plus chères, mais les couvertures sont vraiment plus belles ; comment voulez-vous que je résiste à un Tigre en maraude ? ^_^

Je vous la recommande donc chaudement et j’attends avec impatience, non seulement la sortie du dernier opus, mais également le développement d’une nouvelle collection développée par Paquet et dans laquelle s’inscrit cette série : « Collection Mémoire ».

– Un peu à part, le dyptique « Stalingrad Khronika » de Sylvain Ricard et Franck Bourgeron, prend la bataille de Stalingrad pour toile de fond d’une histoire qui sort des sentiers battus. On y suit en effet une équipe de cinéastes, mandatés par Staline himself pour tourner un film sur la grandeur de l’Armée rouge au coeur de « la mère de toutes les batailles ». Dirigée par un commissaire politique un peu dépassé, cette équipe de ratés va devoir affronter non seulement la violence d’une bataille dantesque, mais aussi le mépris des militaires, l’absurdité d’un système qui ne tient pas compte de l’artiste vu comme un simple outil et surtout… eux-mêmes puisque minés par la brutalité du système, ils en viennent à se soupçonner, s’espionner, se haïr.

Stalingrad

Là encore, une histoire assez sombre, qui constitue plus une charge contre le système totalitaire soviétique qu’une réelle vision de la guerre. Si ce n’est que c’est celle-ci qui constitue un cadre idéal pour mettre à jour les conséquences d’un système violent et kafkaïen qui broie les individus en les montant les uns contre les autres.

– Autre dyptique, mais dont les deux volumes ne sont pas liés : « Ostfront » et « Westfront » de Fabrice Le Hénanff. Le premier s’intéresse à la bataille de Stalingrad à travers l’histoire de trois sous-officiers pris dans la nasse soviétique. Le second quant à lui, suit le destin de SS Français de la tristement célèbre Division Charlemagne, défendant jusqu’au bout la chancellerie du Reich et le Führerbunker face à l’avancée inexorable des troupe soviétiques.

Ostfront

Westfront

 

 

 

 

 

 

 

 

Les deux albums sont superbes d’un point de vue graphique – même si Le Hénanff a un style particulier qui peut rebuter les gens plus habitués à une ligne claire – mais tout de même inégaux. Le premier laisse une trop grande impression de déjà-vu, l’auteur s’étant clairement (trop) inspiré du film de Vilsmaier, dont je vous ai parlé ci-dessus : c’est dommage, car l’album perd en originalité. Le second m’a nettement plus convaincu : le dessin est toujours au top qui retranscrit bien l’ambiance fin du monde de la bataille de Berlin, mais surtout le scénario est original et intéressant, avec une surprise finale franchement inattendue ! Un must to have !

– Sortons un peu du conflit mondial pour plonger dans un autre conflit, héritier indirect du précédent : « Mezek » de Yann et André Juillard. Ce one-shot nous plonge dans la première guerre israëlo-arabe de 1948, aux côtés d’anciens pilotes ayant combattu pendant la Seconde Guerre mondiale et engagés comme mercenaires par le tout jeune Etat hébreux, afin de combattre à leur côté aux commandes de Mezek. Ces derniers sont des avions de chasse tchèques, dérivés du célèbre Me 109 de la Luftwaffe et vendus en contrebande à Israël alors sous embargo. Très difficiles à piloter, ils n’en constituent pas moins le seul rempart aérien d’un Etat israëlien assiégé par ses voisins et soumis à la pression de l’aviation égyptienne.

Mezek

Le dessin est classique mais beau – en même temps, André Juillard est un des grands noms de la BD : qui ne connaît pas « Les 7 vies de l’épervier » ? – le scénario historiquement solide et franchement prenant avec de belles surprises finales ! Là encore, un must to read et to have !

– Et l’uchronie dans tout ça me direz-vous ? Un duster ne peut en faire l’économie vu que c’est la base de l’univers de Dust. Eh bien, elle n’est pas en reste en ce moment et de nombreuses séries ont cherché à surfer sur le succès de « Block 109 » de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat. Ce one-shot sorti en 2010 constitue à mes yeux un tournant dans l’uchronie : d’abord parce qu’il s’attaque à une période difficile, ensuite parce qu’il propose une histoire tordue et sombre comme je les aime, servie par un graphisme à l’avenant. Pour faire simple, Hitler a été assassiné en 1941 et remplacé par Himmler qui s’est vite débarrassé des caciques du régime. Mais il manque de se faire doubler à son tour par Heydrich, devenu nouveau chef de la SS et met en place le « Nouvel ordre teutonique » pour le contrer. A sa tête, un personnage fictif, Zytek, appelé à remplacer Himmler à sa mort.

« Block 109 » se déroule donc en 1953, alors que la guerre s’est enlisée même si l’Allemagne a vaincu USA et Royaume-Uni grâce à l’arme nucléaire. Mais à l’Est, en dépit de cette force de frappe nucléaire, point de salut. L’Allemagne recule face à un assaillant soviétique désespéré mais acharné et qui compte sur son potentiel humain pour l’emporter. Mais Zytek a un projet pour rattraper la situation, un projet très particulier…

Block 109

Là où les auteurs ont fait fort, c’est qu’à partir de cette trame dont on connaît déjà la fin grâce à ce gros volume initial, ils ont sorti dans la foulée d’autres albums se déroulant dans cette version alternative de l’Histoire. Dans « Etoile rouge », on suit ainsi des pilotes français du Normandie-Niemen qui combattent les nazis au côté des Soviétiques. Dans « Opération Soleil de plomb », on s’embarque pour l’Afrique où l’Allemagne peine à contrôler ses mines d’uranium. Etc. On en est aujourd’hui à 6 volumes se lisant indépendamment, le septième sortant au mois de Novembre, même si le dessinateur original, ayant ses propres projets à mener, a laissé la main à partir du volume 6 : je vous rassure, son remplaçant – Ryan Lovelock – est à la hauteur de cet univers bien sombre.

Etoile rouge

Bref si vous n’avez qu’une série à acheter en uchronie Seconde Guerre mondiale, ne passez pas à côté de celle-ci. Certes, depuis le succès de « Block 109 », d’autres éditeurs se sont engouffrés dans la brèche en sortant leur propre série uchronique, voire diesel-punk : « Wunderwaffen », « Space Reich »,« WW 2.2 », « Les divisions de fer », certains volumes de la série « Jour J », le choix est certes large, mais la qualité loin d’être rendez-vous.

Trop souvent, le point de départ de l’uchronie n’est pas solide : ainsi, dans « Les divisions de fer« , le Reich a enlevé Einstein ce qui lui a permis de construire des méchas trop cool de la mort qui tue… ; dans « Wundewaffen », l’Allemagne a repoussé le débarquement grâce à ses seules unités aériennes à réaction, mais bien sûr… Quitte à faire dans la « nazixploitation », autant le faire bien en allant se mater le kitchissime « Iron sky » 😉 Seul « WW 2.2 » est plus cohérent, mais il souffre de la mauvaise habitude actuelle des grands éditeurs : sortir un grand nombre de volumes d’une même série, en confiant chaque volume à des auteurs différents, ce qui amène évidemment à de grands écarts de qualité.

Pour conclure, si avec tout ça vous n’avez pas de quoi occuper la fin de vos vacances, je me la coupe et je la mange, comme dirait l’autre ! ^_^

Sélection estivale sous une pluie de balles – Part. I

Salutations les aminches !

Une fois n’est pas coutume, rien sur le petit monde de Dust Warfare/Tactics aujourd’hui. Ce n’est pas qu’il n’y ait rien à dire, bien au contraire : reprise des hostilités entre Dust Studio et Battlefront sur fond de fin de KS, on n’est pas loin d’une telenovela à ce niveau… ; sortie de deux nouveaux starter sets dont un pour l’Axe et un autre pour la nouvelle faction Mercenaire ; et sortie de la troisième boîte en premium camo Zverograd des unités du KS, cette dernière n’étant autre que celle du SSU, mes chouchoux !

Quoi ? Pas d’Open the box autour d’une boîte d’armée SSU ? WTF me direz-vous ! Si cela ne tenait qu’à moi, ces défenseurs de la Mère Patrie seraient déjà entre mes mimines tremblantes ! Hélas, la logistique bancaire ne suit pas et je n’ai pas actuellement les sousous pour à la fois soutenir l’effort de guerre soviétique en plastique et dans le même temps partir en vacances avec la petite famille. Notez bien que j’ai pourtant pesé le pour et contre, mais ma femme ne manque pas d’arguments en faveur de l’escapade estivale familiale, le plus percutant tenant en un fusil à pompe collé à ma tempe au moment où je me connecte sur le site de Dust Studio…. Bref, me voilà obligé de reporter ma commande à la rentrée, tout en me contentant de déshydrater sur place à force de baver devant ces nouveautés SSU !

Alors, quid en attendant ? On ne va tout de même pas parler de la canicule ou du tour de France tout de même ? Sans compter qu’avant que je termine cet article, Christopher Froome sera déjà arrivé à Paris, avec une avance de trois jours sur le reste du peloton….^_^ Que nenni ! Je vous propose donc de parler culture pour une fois – non ne partez pas avant d’avoir fini la phrase ! – sans toutefois quitter cette période historique qui me passionne : la Seconde Guerre mondiale.

C’est pourquoi je me propose de vous faire une petite sélection de livres/films/BD etc, tournant autour du conflit. Evidemment, je vais essayer de sortir des sentiers battus et rebattus – non, rien sur « Le jour le plus long » ou encore sur Mister Ryan – en vous proposant des oeuvres que vous connaissez peut-être moins et qui tournent plus autour du Front de l’Est, qui reste plus méconnu par chez nous.

Aujourd’hui, partie I de cette sélection estivale : Généralités et littérature. Ciné et BD suivront dans quelques jours, alimentant évidemment un suspense ô combien insoutenable !

Généralités en vrac

– Si le Front de l’Est vous est moins bien connu, je ne peux que vous conseiller le petit ouvrage de Philippe Richardot : « Hitler face à Staline. 1941-1945 » C’est une très bonne synthèse, assez rapide à lire au vu de l’ampleur du sujet. L’auteur y est bien au fait des dernières avancées de la recherche historique et sait présenter les choses de façon très intelligible. Seul hic, mais de taille, pas une carte à se mettre sous la dent ! Rien, nada, que dalle ! Quand on connaît l’immensité des territoires concernés, la complexité des opérations entreprises et évidemment notre méconnaissance géographie de l’est de l’Europe, il est difficile de s’y retrouver. A lire oui, mais avec un atlas sous les yeux !

Hitler-Staline

– Parce que la guerre à l’Est n’a pas grand chose à voir avec ce qui se passe à l’Ouest ; parce qu’on ne peut pas non plus toujours pousser des figurines de petits soldats en faisant comme si la guerre avait été propre ; on ne peut pas faire l’économie d’un ouvrage sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en masse par les forces de l’Axe dans la partie orientale du continent. Parmi les nombreux ouvrages sur le thème, j’ai sélectionné celui-ci « Einsatzgruppen – Les commandos de la mort nazis » de Mickaël Prazan. Ce dernier n’est pas un historien mais un documentariste qui a tourné un film sur les exactions des Einsatzgruppen. A cette occasion, il a parcouru les théâtres d’opération des 4 grands Einsatzgruppen, dans les pays Baltes, en Biélorussie, en Ukraine, dans le Caucase. Il a pu y constater la blessure toujours ouverte laissée par cette période sombre, d’autant que nombre de locaux y ont participé, encouragés en cela par des SS bien contents de se débarrasser de la sale besogne. A partir du matériel récolté pour son film, il a construit un ouvrage relativement clair, bien que n’ayant pas la mention « Historien professionnel » dessus, ce qui n’est pas évident dans un champ de recherche très actif, le bilan de la « Shoah par balles », l’implication de tel ou tel groupe ethnique restant encore discuté. Négliger cette question, c’est passer à côté d’une donnée majeure dans l’Histoire de l’Europe orientale, ne serait-ce que dans le conflit actuel entre Ukrainiens/Séparatistes pro-Russes/Russes.

Einsatz

– Si cette question du durcissement des soldats allemands à l’Est vous intéresse, je vous invite à vous pencher sur l’essai d’Omer Bartov « L’armée d’Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre ». Il essaye d’esquisser la façon dont une armée ordinaire se transforme peu à peu en une armée de bourreaux, prête à tous les expédients. Un livre intéressant mais qui reste un essai et ne peut donc pas prétendre à la vérité historique avérée, d’autant plus que ce thème reste sous-estimé par les historiens occidentaux, du fait que les forces allemands ont nettement moins affiché ce type de comportement sur le Front Ouest, en-dehors de cas ponctuels en Italie ou en France avec le tristement célèbre Oradour-sur-Glane : on est cependant loin des 600 villages ayant connu le même sort rien qu’en Biélorussie…

L'armée d'Hitler

– De façon plus générale, si vous souhaitez vous tenir au courant des dernières évolutions de la recherche historique en matière militaire, je ne peux que vous conseiller l’excellente revue « Guerre et Histoire » des éditions Mondadori. Une revue de qualité, tant sur le fond que sur la forme et qui en est déjà à son numéro 25. Parmi les sujets récurrents, la Seconde Guerre évidemment et le Front de l’Est en particulier : les auteurs de cette revue sont en effet en pointe sur cette thématique, rompant avec un demi-siècle de mise en avant du Front Ouest, celle-ci s’expliquant au-delà de notre proximité géographique, par les effets indirects de la Guerre Froide : difficile de mettre en avant le rôle clé des Soviétiques dans la guerre alors qu’on était en plein conflit idéologique avec eux…

Guerres-Histoire-2

Guerre et littérature

Non, ce n’est pas le titre d’une autre revue, mais tout simplement quelques conseils de lecture alliant ce thème avec quelques belles plumes. Je ne peux évidemment commencer que par le classique des classiques, bien que trop souvent oublié : Vassili Grossman.

– Cet ex-ingénieur et écrivain s’engage en 1941 comme correspondant de guerre auprès de l’Armée rouge. Il y suivra les Frontoviki pendant 4 ans, depuis les déroutes de l’été 1941 jusqu’à l’effondrement du IIIème Reich à Berlin, en passant évidemment par la bataille de Stalingrad. Cette longue expérience du front lui a donné matière à un roman fleuve divisé en deux parties : « Pour une juste cause » et « Vie et destin ». Les deux sont indissociables, assez touffus – ce qui n’étonnera pas les habitués de la littérature russe, mais peut décontenancer les autres – mais c’est surtout le second qui est le plus marquant. Il y narre en effet la défense désespérée à Stalingrad, l’organisation et la mise en branle de l’opération Uranus visant à encercler la VIème armée allemande, le tout sur fond de violence omniprésente lié au parti bolchévique et au système soviétique. C’est d’ailleurs ce qui lui vaudra d’être interdit de parution jusque dans les années 70, les services soviétiques ayant tout fait pour empêcher sa diffusion.

Pour_une_juste_cause

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Si la densité d’écriture de Vassili ne vous rebute pas trop, je ne peux que vous inciter également à vous pencher sur ses « Carnets de guerre – De Moscou à Berlin – 1941-1945 ». Un recueil de textes patiemment sélectionnés par l’historien britannique Anthony Beevor et permettant d’avoir accès à des témoignages de première main de quelqu’un qui a vécu la première bataille de Kiev, la bataille de Briansk, la défense de Stalingrad et les débuts de l’opération Uranus, la bataille de Koursk, celle plus terrible encore du Dniper, l’opération Bagration, la prise de Berlin…. Un « pedigree » en tant que correspondant de guerre dont bien peu peuvent se targuer.

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– Dans la catégorie dense et doté d’une narration pas toujours évidente à suivre, le livre de Jonathan Littell en impose également, mais il s’avère passionnant. Je veux bien entendu parler de cet ouvrage qui fait grand bruit lorsqu’il a obtenu le prix Goncourt en 2006 : « Les Bienveillantes ». Un roman fleuve qui suit le parcours d’un officier SS – Maximilien Aue – qui va participer aux crimes de masse commis par les Einsatz, connaître les affres de la bataille de Stalingrad, ainsi que l’effondrement du Reich. bon, il ne faut pas se mentir, ce roman souffre de nombreux défauts qui en ont irrité plus d’un :
* les états d’âme du personnage principal sont un peu étouffants : frère incestueux d’une soeur jumelle adulée, meurtrier d’une mère haïe, homosexuel au sein d’une SS qui punit ce type de comportement par le camp de concentration, cela fait beaucoup pour un seul homme ; cela sans compter sa décomposition psychique au fur-et-à-mesure qu’il s’enfonce dans l’extermination des populations juives à l’Est
* il se retrouve à tous les moments clés, vivant les massacres de Babi Yar de Kiev, l’encerclement à Stalingrad, la mise en place du système génocidaire, la chute de Berlin : là encore, cela fait beaucoup, trop disons-le carrément
* sa vision de la Shoah découle de celle de la célèbre philosophe Hannah Arendt : la « Banalité du Mal » c’est-à-dire des exactions commises avant tout par devoir, obéissance, sans qu’il n’y ait forcément de raison idéologique mise en avant par l’exécutant, celle-ci restant du ressort des autorités supérieures. Une vision nettement revue par les historiens actuels, pour qui l’idéologie n’a jamais été absente dans l’exécution de ces crimes, ce quel que soit le niveau concerné

les_bienveillantes

Bref, c’est un ouvrage controversé, dans lequel tout n’est pas à prendre à la lettre. Mais c’est une claque littéraire monumentale, appuyée sur un travail extraordinaire de documentation, un nouvel incontournable sur la période amha dont on ne ressort pas indemne.

– Plus récent et d’un abord plus facile, « HHhH » de Laurent Binet est une réussite. Fasciné par la personnalité de Reynard Heydrich, Laurent Binet oscille dans son livre entre biographie historique et romancée, s’interrogeant par la même occasion sur la meilleure solution pour un écrivain d’aborder des personnages historiques de cette ampleur : l’histoire ou la fiction ?

HHhH

Au-delà de ces interrogations, il nous livre un portrait très intéressant de ce pilier du régime nazi, personnage glaçant et fascinant à la fois, bras droit d’Himmler, chef du RHSD, « protecteur » de Bohême-Moravie (pour le plus grand malheur de ses habitants), grand ordonnateur de la Solution finale validée par la conférence de Wannsee en janvier 1942, le « meilleur d’entre nous » dixit Hitler, l’archétype du nazi dans toute sa cruauté, Le « cerveau d’Himmler » selon l’adage en vigueur à l’époque : Himmlers Hirn heißt Heydrich d’où l’acronyme HHhH.

– Dans un registre plus léger, Philip Kerr a composé ces dernières années une série de romans policiers suivant les aventures d’un Philip Marlowe à l’allemande : Bernard Gunther. Ancien soldat de la Grande Guerre, ce policier travaillant à l’Alexstrasse à Berlin se retrouve embarqué par le flot de l’Histoire après 1933. On le suit ainsi à plusieurs étapes de sa vie : tour à tour inspecteur de police, responsable de la sécurité de l’hôtel Adlon, détective privé, puis incorporé sans son accord dans la SS suite à la prise de contrôle de la police criminelle par le RHSD, contraint à la fuite après-guerre du fait de son passé complexe, etc.

Evidemment, tous les clichés sont présents : le héros désabusé et revêche à toute autorité/idéologie, des méchants comme on n’en fait plus orbitant dans les hautes sphères nazies/ou de l’espionnage après-guerre, des femmes toutes plus fatales les unes que les autres et ayant comme point commun un irrésistible désir de passer dans le lit de notre héros, des complots à tous les niveaux dans lesquels le bon côté se distingue mal du mauvais, etc. Là encore, on se demande comme le héros peut vivre autant de vies en une seule, mais ça marche parce qu’il est attachant, qu’on aime la gouaille de ce Berlinois pure souche, mais aussi parce que c’est bien écrit et que le cadre historique de 1933 au coeur de la Guerre Froide est tout simplement passionnant.

Si vous souhaitez vous lancer dans l’aventure, le mieux est de commencer par la « Trilogie berlinoise », trois enquêtes reliées en un seul tome et qui forment les trois premiers volumes d’une série qui en compte désormais neuf. A noter que ces volumes ne sont pas rédigés dans l’ordre chronologique et qu’on s’emmêle parfois les pinceaux : vous pouvez donc les lire dans l’ordre de parution ou préférer les différentes étapes dans la vie du héros.

Trilogie Berlinoise

Et si vous appréciez le travail de Philip Kerr, n’hésitez pas à aller voir ce roman one-shot ayant également pour cadre guerre : « La Paix des dupes : Un roman dans la Deuxième Guerre mondiale » dans lequel l’auteur s’amuse à imaginer des tractations secrètes entre Hitler, Staline et Roosevelt afin de mettre fin au conflit. Guère crédible, fleurant le bon vieux roman d’espionnage, il n’en reste pas moins jouissif à lire et bien adapté à la période estivale.

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To be continued…