Games Workshop en a rêvé, Dust Studio l’a fait…

Salutations les aminches !

Un titre qui fait volontairement dans la provocation, car je suis assez remonté contre Dust Studio. Je suis même « violence » comme dirait notre bon Monsieur Manatane,  car « je suis trahison » !

Pourquoi ai-je moi aussi envie des envies de violence ? Parce qu’on semble avoir décidé à Hong Kong de calquer le modèle de développement des petits gars de Nottingham, donc de faire dans l’inflation à tout crin. Petit flashback pour mieux comprendre ma désillusion.

De la grenouille et du boeuf…

Début 2013, Dust Studio est en plein développement de sa gamme et les sorties s’enchaînent. Comme tout jeu de figs, cela reste cher, mais abordable avec des tarifs adaptés à différents publics :
– pour les peintres, les blindés standards coûtent dans les 30 $, sont à monter mais sont sous-couchés et dotés de deux options d’armes
– pour les fainéants comme moi, il existe la gamme premium : il en coûtera 60 $, mais ils sont montés et peints, même s’ils ne bénéficient pas des deux options d’armes

Bref, tout le monde y trouve son compte et peut monter une armée pour un tarif relativement raisonnable. Toutefois, au cours de la même année, l’équipe annonce son intention d’augmenter ses prix afin de couvrir des frais toujours plus élevés. Cela ne fait pas spécialement plaisir, mais la communication est plutôt efficace sur le sujet et du fait de l’enthousiasme de la communauté des Dusters pour la gamme, la pilule passe en dépit d’une augmentation assez costaude: + 25 %, sans compter la disparation annoncée des options d’armes dans le nouveau conditionnement des blindés sous-couchés.

La communauté est tellement compréhensive à leur encontre que lorsque Dust Studio lance son Kickstarter pour l’opération Babylone en 2014, une grande partie des joueurs investit, voire même assez lourdement pour certains d’entre eux. Je ne reviendrai pas sur l’échec de ce KS, aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui n’en ont reçu qu’une partie et ont fait leur deuil des freebies du fait des bisbilles entre Dust Studio et Battlefront. Dust Studio a d’ailleurs copieusement chargé Battlefront dans cette histoire mais n’a jamais vraiment proposé quelque chose de constructif pour les pledgers lésés, c’est-à-dire pour ses joueurs qui la suivent et la soutiennent depuis le début de l’aventure. Son image de marque est donc atteinte et elle perd de nombreux joueurs dans l’affaire. Elle relance tout de même la machine à partir de l’été 2015 en retrouvant un rythme relativement régulier au niveau de ses sorties.

Après un tel épisode, on aurait pu espérer que Dust Studio fasse un tant soit peu profil bas, afin de reconquérir les coeurs (et donc les porte-monnaies 😉 ) de ses joueurs. Eh bien que nenni : le soufflé lié au KS n’est même pas encore retombé qu’on nous balance une nouvelle augmentation des tarifs, notamment sur ses blindés standards : + 26 % et cette fois, sans aucune explication, ni esquisse de communication sur le sujet. Désormais, pour acquérir un blindé médium de la gamme, il vous en coûtera :
– 55 $ pour la version sous-couchée
– 95 $ pour la version premium

Avant-Après

« Alors, jeune padawan, sauras-tu trouver la différence entre la version à 60 dollars et celle à 95 ? »

Donc en un peu plus deux ans, la même figurine aura connu une inflation de près de 60 % ! Si ça c’est pas de la magie ! Et dire que je me moquais de la politique tarifaire de Games Workshop… J’aurais mieux fait de me taire sur ce coup !

Alors on pourra toujours me rétorquer que l’entreprise est libre de sa politique tarifaire, que ce n’est pas une oeuvre de charité, qu’il faut bien suivre l’augmentation des coûts de production dans une Chine dont le niveau de vie ne cesse d’augmenter, etc. Je ne pourrai qu’acquiescer, mais je pense tout de même que Dust Studio se plante sur ce coup et ce à plusieurs niveaux :
– d’abord dans sa communication : déjà déficiente durant l’affaire du KS, elle est carrément absente ce coup-ci. Comme durant le KS, ce sont les fan boys qui se chargent en partie de celle-ci, avec une argumentation qui ne vole pas bien haut comme on peut s’en douter : « Vous n’êtes pas contents ? Mais personne ne vous retient…. »
– ensuite, dans sa politique de développement. Visiblement, il a été décidé de faire comme Games Workshop, en tablant sur le fait que le jeu de figurine est un « luxe » et que cela se paye forcément : donc par ici la monnaie !
– mais le problème clé, c’est que Dust Studio n’est pas Games Workshop. Et si les British peuvent se permettre de jouer les divas, assis qu’ils sont sur un pool de joueurs/acheteurs conséquent, c’est tout l’inverse pour Dust Studio. Ainsi n’ont-ils réussi à réunir que 60 personnes il y a quelques semaines, pour ce qui a été présenté comme la plus grosse rencontre autour du jeu au Royaume-uni : autant dire que l’on ne va pas très loin comme cela… Avec des tarifs raisonnables, il était déjà difficile de convaincre de nouveaux joueurs de s’y mettre : beaucoup craignaient en effet – et à juste titre d’ailleurs – que vu c’est un jeu de niche, ils ne trouveraient pas facilement d’adversaires. Alors avec la nouvelle politique tarifaire, comment peut-on accrocher de nouveaux joueurs ?

Bref, je considère que c’est une très mauvaise décision et que Dust Studio prend un chemin qui ne débouchera sur rien de positif à long terme. Ils ont beau nous promettre monts et merveilles en sorties pour la fin de l’année 2016, je n’y crois plus guère désormais (et je ne parle même pas du projet de film tant cela me fait sourire 😀 ) J’ai tellement défendu la gamme, le jeu, l’équipe – y compris durant le KS, je dois battre ma coulpe à ce sujet – que de se voir traiter de la sorte me laisse un goût amer dans la bouche. L’entreprise ne vaut finalement pas mieux que les autres, en dépit de ce que Paolo Parente prétend et je m’en veux un peu d’avoir été aussi naïf.

Alors quid maintenant ? Perso, je ne suis pas le plus touché par la nouvelle augmentation, vu que j’ai déjà quasiment toutes les références. J’ai beau grogner comme l’ours mal léché que je suis, je reste accroché par l’univers et le design, je continuerai donc à investir, mais sans doute moins qu’avant. Par contre, je ne chercherai plus à défendre la gamme sur ce blog ou ailleurs : plus d’open the box, de preview, etc. Plus de parties d’initiations, de démos non plus : je me vois mal chercher à conquérir de nouveaux joueurs en les poussant à investir de grosses sommes dans une gamme dont la pérennité semble compromise. Je vais m’aligner sur le nouvel esprit Dust Studio, à savoir une simple relation producteur/consommateur comme pour n’importe quelle autre entreprise : cela me déçoit, mais puisqu’ils ont décidé qu’il en serait ainsi, dont acte.

Et sinon, rien de plus constructif ?

Bon, aboyer le derrière dans sa niche c’est une chose, mais il ne faut pas s’en contenter. C’est pour cela que j’ai profité de mes vacances pour m’atteler à une tâche que j’ai longtemps mise de côté : socler toute mon infanterie pour Dust. Parce que c’est bien beau d’acheter des figs peintes, mais sans un soclage digne de ce nom, c’est s’arrêter au milieu du chemin.

Le problème, c’est qu’en quatre ans de collectionnite aiguë  – ayant les trois armées au complet – les pitous finissent par s’accumuler. Ce ne sont donc pas moins de 200 socles que j’ai dû préparer : c’est long, très très long ! 😀 Cela occupe les soirées avec au menu de l’enduit, du sable, des bouchons de liège, écorces de sapins, ardoises, bâtonnets de glace… Mais également des bitz de Dust, bitz d’AT-43, briques et sacs de sable de modélisme, bref tout pour éviter des socles qui soient trop copiés/collés. Mon but : favoriser une certaine diversité à l’échelle des escouades tout en préservant une relative homogénéité à l’échelle des armées.

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« J’fais des socles, des p’tits socles, encor des p’tits socles. Des p’tits socles, des p’tits socles, toujours des p’tits socles. »

Bon, le plus gros est désormais fait, il ne me reste plus qu’à peindre tout cela. Cela sera encore long, mais plus facile car ça se fera à la chaîne et en alternant jus et brossages, donc rien de bien compliqué.

Me resteront ensuite les socles de mes équipes d’armes lourdes et de blindés, plus longs à faire à l’unité – car plus recherchés – mais nettement moins nombreux ! Et j’aurai fini toutes mes armées ! Ouééééé !

Jusqu’aux prochaines sorties, bien évidemment…. A moins que les tarifs ne fininssent par devenir tellement prohibitifs que cela ne me coupe dans mon élan ! 😉

Sélection estivale sous une pluie de balles – Part. II

Salutations les aminches !

Suite de ma sélection estivale entamée dans l’article précédent. Aujourd’hui, c’est au tour du cinéma et de la BD d’être à l’honneur, à travers une sélection de quelques oeuvres moins connues, toutes liées évidemment à la thématique de la Seconde Guerre mondiale

Et si on se faisait un film ?

– On commence par un film soviétique dur pour un sujet difficile : les exactions nazies en Biélorussie. « Idi i smotri » d’Elem Limov, plus connu chez nous sous le nom de « Requiem pour un massacre » est un film sorti en 1984, qui suit le parcours d’un jeune Biélorusse Fiora qui veut intégrer les rangs des partisans et qui va se retrouver embarqué dans un chassé-croisé avec les nazis qui pullulent dans la région. C’est à travers ses yeux que l’on découvre les ravages de la guerre à l’Est et la politique d’anéantissement menée par l’occupant. D’abord dans l’extermination de sa propre famille et de son village – dont il ne voit que le résultat – ; puis dans l’éradication d’un second village à laquelle il assiste bien malgré lui intégralement : regroupement de la population, viols collectifs et mise à mort des habitants brûlés vifs à l’intérieur d’une église. Un film coup de poing, lent et pas toujours facile à suivre, à mi chemin entre le documentaire et le film historique, dont on sort un peu hébété par la violence omniprésente et impressionné, particulièrement par le jeu du jeune acteur principal qui n’en ressortira d’ailleurs pas indemne : il faut dire qu’en plus de la violence du propos, une partie des combats sont tournés à balles et à obus réels…

Idi I Smotri

– Poursuivons sur l’Ostfront, avec le film « Stalingrad ». Evidemment, il ne s’agit pas du clinquant film de Jean-Jacques Annaud, pourri par les clichés, mais de celui bien plus convaincant du cinéaste allemand Joseph Vilsmaier, sorti en 1993. Ce dernier suit la bataille du point de vue exclusif des Allemands, chose rare pour être notée. Il s’attache ainsi à un groupe de jeunes sapeurs envoyés à Stalingrad à la mi-novembre, c’est-à-dire quelques jours avant le déclenchement de la contre-offensive soviétique qui aboutira à l’encerclement de la VIème armée. Les batailles sont plutôt bien reconstituées, la première montrant la difficulté de progresser dans une ville qui n’est plus qu’un champ de ruines ; l’affrontement contre les T-34 montrant la lutte désespérée d’une armée allemande aux abois, incapable de briser l’encerclement inéluctable. La dernière partie du film suit la déchéance des soldats, privés de ravitaillement et qui cherchent à s’en sortir avec les moyens du bord. Bien qu’intéressante, cette partie est moins cohérente et se laisse aller à de nombreuses invraisemblances.

Stalingrad

Non exempt de défauts, il n’en reste pas moins le meilleur film disponible sur cette bataille mythique, loin devant le tissu de conneries de M. Annaud, ou encore le très décevant « Stalingrad » de Fiodor Bondartchouk sorti en 2013 et qui dégouline de patriotisme abêtissant et de bons sentiments lénifiants : à fuir à tout prix !

– Toujours à l’Est, le film « Battle for honor : la bataille de Brest-Litovsk » d’Alexander Kott sorti en 2010, raconte la résistance désespérée de la garnison de la forteresse de Brest-Litovsk lors des tous premiers jours du déclenchement de l’opération Barbarossa en juin 1941. Basé sur un fait historique porté aux nues en Russie, le film est construit comme une ode à la gloire de l’Armée rouge, mais sans en faire des tonnes ce qui fait qu’il se laisse plutôt bien regarder. Mais s’il apporte un éclairage mérité sur un haut fait de la résistance miliaire soviétique, il passe évidemment sous silence le fait que 2 ans plus tôt, soldats de la Wehrmacht et soldats de l’Armée rouge avaient conjointement défilé en cette même forteresse, cela sur les débris de l’armée polonaise broyée par les deux mastodontes. N’oublions pas que ce sont toujours les vainqueurs qui font l’Histoire… 😉

Battle for honor

– Retour sur le front ouest avec le film « Die Brücke »/ »Le pont » qui vaut également le coup d’oeil. D’abord parce que c’est un film allemand de 1959 et qu’il constitue à ce titre l’un des premiers grands films sur ce thème dans l’Allemagne d’après-guerre. Ensuite parce qu’il s’intéresse à l’embrigadement des plus jeunes dans le Volkssturm, jeunes à qui on va demander de se sacrifier alors que tout est déjà perdu et cela jusqu’au bout du bout. En effet, le film qui se passe à la fin du mois d’avril 1945 suit ces néophytes mal encadrés et sous-équipés dans la défense impossible tout autant qu’inutile d’un pont. Cela alors même que les vétérans de l’armée régulière fuient les combats sous les quolibets de nos bleus qui estiment que ces Feldgrau ne sont que des lâches. Une défense qui les condamne à mort pour rien, car ce pont est censé être démoli par les sapeurs de la Wehrmacht afin de gêner la progression des armées américaines. Inspiré de faits réels, un film qui invite à réfléchir sur l’absurdité de la guerre, si on avait encore des doutes à ce sujet.

Die_Bruecke_1959

– Délaissons le théâtre d’opérations européen pour celui du Pacifique avec « Le soldat dieu » de Koji Wakamatsu, sorti en 2010. Initialement intitulé « La chenille » en japonais, ce film narre le retour dans son village d’un soldat japonais, Kurokawa, mutilé au combat. Amputé des jambes, des bras, sourd, aphasique et défiguré, on n’est pas loin du héros de « Johnny got his gun » qui était lui aussi réduit à l’état de légume, à la suite de blessures subies pendant la Première Guerre mondiale. Mais la comparaison s’arrête là, car le but de Wakamatsu n’est pas tant de s’apitoyer sur ce soldat et sur ce qui se trame en son fort intérieur, que de dénoncer la violence et le militarisme de la société nippone des années 40. En effet, tout le monde doit rendre hommage à ce soldat et se mettre à son service. C’est évidemment le cas de sa femme qui ne peut et ne doit pas se plaindre, invitée au contraire à se sacrifier pour celui qui a tout donné pour la nation. Réduite à l’état d’esclave y compris sexuelle, devant répondre aux moindres désirs de son mari, on suit son parcours cauchemardesque dans une société fanatisée et jusqu’au-boutiste. Un film dérangeant, mais finalement salutaire quand on connaît la force du nationalisme japonais actuel et sa fâcheuse tendance à oublier ce qui l’arrange.

Soldat dieu

Et pour les bédéphiles…

– Restons sur le front pacifique avec ce très beau manga : « Eien no zero » c’est-à-dire « Zéro pour l’éternité » de Naoki Hyakuta et Sōichi Sumoto. Il s’agit de l’adaptation du roman éponyme de Hyakuta qui raconte l’histoire d’un jeune étudiant un peu paumé – Kentaro – qui cherche à retracer l’histoire militaire de son grand-père. Celui-ci, pilote de chasse pendant la guerre, a réussi à survivre à toutes les batailles avant de terminer sa carrière comme pilote Tokotai, mieux connu chez nous sous le nom de Kamikaze. Kentaro et sa soeur Keiko ne comprennent pas comment il en est arrivé là et vont donc s’enquérir auprès d’anciens pilotes qui ont tous connu leur grand-père.

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Si le trait est classique, l’histoire est particulièrement intéressante, tant sur les batailles vues du côté japonais, que sur ce besoin de la génération actuelle de comprendre comment leurs familles, leur pays de façon plus générale, ont pu ainsi basculer dans le jusqu’au-boutisme suicidaire.

– Sur un thème similaire, je vous conseille le manga « Tokkou no Shima », à savoir « L’île des téméraires » de Satô Shuho. On suit là aussi de jeunes Japonais qui vont faire le sacrifice de leur vie en des attaque suicides, non pas par avion, mais par sous-marins de poche, véritables torpilles humaines. Le désespoir transpire à chaque page de ce manga au trait sombre, car si tous – ingénieurs, mécanos, pilotes – se donnent corps et âme à leur mission, tous savent également que cela ne constituera jamais une arme miracle, tout au plus un moyen de ralentir un ennemi éminemment supérieur en nombre.

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Ce manga nous éclaire donc à sa manière sur un épisode moins connu de la guerre du Pacifique que l’épopée suicidaire des Tokotai. A ne pas lire toutefois si vous n’avez pas le moral, car l’ambiance y est un parfois morose comme je vous l’ai mentionné.

– Retour sur l’Ostfront avec une très belle série des éditions Paquet : « Le Grand Duc » de Yann Hugault. On y suit le parcours croisé d’un as de la chasse allemande et d’une pilote soviétique appartenant aux fameuses Sorcières de la nuit. Si l’intrigue n’évite malheureusement pas les clichés – un héros aussi bon pilote qu’il est un farouche anti-nazi (quand on sait qu’en dehors de la SS, la plus nazie des trois armes était la Luftwaffe, cela fait doucement rigoler…), une héroïne dotée d’un courage directement proportionnel à ses protubérances mammaires, une histoire d’amour à priori impossible mais qui va le devenir, etc – cela reste tout de même une série de bonne facture servie par un dessin superbe : les scènes de bataille aérienne sont un régal pour les yeux. Bref, une série classique mais qui vaut le détour, surtout si l’on a envie de découvrir la guerre aérienne à l’Est sans trop se prendre la tête.

Le Grand Duc

D’ailleurs de façon plus générale et pour les amateurs, les éditions Paquet ont développé toute une ligne éditoriale autour de l’aviation, appelée « Collection Cockpit », que je vous invite à visiter : Première, Seconde guerre mondiales, conflits plus récents, il y en a pour tous les goûts. Avec toujours les mêmes qualités : des dessins à tomber, des scénars (trop) classiques.

– Toujours chez Paquet – vi je critique, mais j’aime leurs BD 😉 – je vous invite à découvrir « L’armée de l’ombre » d’Olivier Speltens. On y suit de jeunes soldats allemands, envoyés sur l’Ostfront pour colmater les brèches désormais béantes en cette année 1943. L’auteur a pris le parti délibéré de délaisser Stalingrad pour se concentrer sur d’autres batailles – dont Koursk quand même – moins mises en avant. Le trait est là aussi classique mais c’est beau et certaines planches accrochent vraiment l’oeil, particulièrement celles montrant les blindés en action. Quand à l’histoire, si l’on n’évite pas là encore les poncifs du genre – le vétéran revenu de tout, le jeune idéaliste rejetant le nazisme, etc – elle se tient et n’hésite pas à montrer la Heer dans ses opérations de nettoyage des villages soviétiques, ce qui est relativement rare dans ce genre d’oeuvre grand public.

Armée de l'ombre

NB : ceci n’est pas la couverture de l’édition standard de la série, mais une couverture toilée disponible uniquement dans les librairies affiliées au réseau Canal BD. Elles sont plus chères, mais les couvertures sont vraiment plus belles ; comment voulez-vous que je résiste à un Tigre en maraude ? ^_^

Je vous la recommande donc chaudement et j’attends avec impatience, non seulement la sortie du dernier opus, mais également le développement d’une nouvelle collection développée par Paquet et dans laquelle s’inscrit cette série : « Collection Mémoire ».

– Un peu à part, le dyptique « Stalingrad Khronika » de Sylvain Ricard et Franck Bourgeron, prend la bataille de Stalingrad pour toile de fond d’une histoire qui sort des sentiers battus. On y suit en effet une équipe de cinéastes, mandatés par Staline himself pour tourner un film sur la grandeur de l’Armée rouge au coeur de « la mère de toutes les batailles ». Dirigée par un commissaire politique un peu dépassé, cette équipe de ratés va devoir affronter non seulement la violence d’une bataille dantesque, mais aussi le mépris des militaires, l’absurdité d’un système qui ne tient pas compte de l’artiste vu comme un simple outil et surtout… eux-mêmes puisque minés par la brutalité du système, ils en viennent à se soupçonner, s’espionner, se haïr.

Stalingrad

Là encore, une histoire assez sombre, qui constitue plus une charge contre le système totalitaire soviétique qu’une réelle vision de la guerre. Si ce n’est que c’est celle-ci qui constitue un cadre idéal pour mettre à jour les conséquences d’un système violent et kafkaïen qui broie les individus en les montant les uns contre les autres.

– Autre dyptique, mais dont les deux volumes ne sont pas liés : « Ostfront » et « Westfront » de Fabrice Le Hénanff. Le premier s’intéresse à la bataille de Stalingrad à travers l’histoire de trois sous-officiers pris dans la nasse soviétique. Le second quant à lui, suit le destin de SS Français de la tristement célèbre Division Charlemagne, défendant jusqu’au bout la chancellerie du Reich et le Führerbunker face à l’avancée inexorable des troupe soviétiques.

Ostfront

Westfront

 

 

 

 

 

 

 

 

Les deux albums sont superbes d’un point de vue graphique – même si Le Hénanff a un style particulier qui peut rebuter les gens plus habitués à une ligne claire – mais tout de même inégaux. Le premier laisse une trop grande impression de déjà-vu, l’auteur s’étant clairement (trop) inspiré du film de Vilsmaier, dont je vous ai parlé ci-dessus : c’est dommage, car l’album perd en originalité. Le second m’a nettement plus convaincu : le dessin est toujours au top qui retranscrit bien l’ambiance fin du monde de la bataille de Berlin, mais surtout le scénario est original et intéressant, avec une surprise finale franchement inattendue ! Un must to have !

– Sortons un peu du conflit mondial pour plonger dans un autre conflit, héritier indirect du précédent : « Mezek » de Yann et André Juillard. Ce one-shot nous plonge dans la première guerre israëlo-arabe de 1948, aux côtés d’anciens pilotes ayant combattu pendant la Seconde Guerre mondiale et engagés comme mercenaires par le tout jeune Etat hébreux, afin de combattre à leur côté aux commandes de Mezek. Ces derniers sont des avions de chasse tchèques, dérivés du célèbre Me 109 de la Luftwaffe et vendus en contrebande à Israël alors sous embargo. Très difficiles à piloter, ils n’en constituent pas moins le seul rempart aérien d’un Etat israëlien assiégé par ses voisins et soumis à la pression de l’aviation égyptienne.

Mezek

Le dessin est classique mais beau – en même temps, André Juillard est un des grands noms de la BD : qui ne connaît pas « Les 7 vies de l’épervier » ? – le scénario historiquement solide et franchement prenant avec de belles surprises finales ! Là encore, un must to read et to have !

– Et l’uchronie dans tout ça me direz-vous ? Un duster ne peut en faire l’économie vu que c’est la base de l’univers de Dust. Eh bien, elle n’est pas en reste en ce moment et de nombreuses séries ont cherché à surfer sur le succès de « Block 109 » de Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat. Ce one-shot sorti en 2010 constitue à mes yeux un tournant dans l’uchronie : d’abord parce qu’il s’attaque à une période difficile, ensuite parce qu’il propose une histoire tordue et sombre comme je les aime, servie par un graphisme à l’avenant. Pour faire simple, Hitler a été assassiné en 1941 et remplacé par Himmler qui s’est vite débarrassé des caciques du régime. Mais il manque de se faire doubler à son tour par Heydrich, devenu nouveau chef de la SS et met en place le « Nouvel ordre teutonique » pour le contrer. A sa tête, un personnage fictif, Zytek, appelé à remplacer Himmler à sa mort.

« Block 109 » se déroule donc en 1953, alors que la guerre s’est enlisée même si l’Allemagne a vaincu USA et Royaume-Uni grâce à l’arme nucléaire. Mais à l’Est, en dépit de cette force de frappe nucléaire, point de salut. L’Allemagne recule face à un assaillant soviétique désespéré mais acharné et qui compte sur son potentiel humain pour l’emporter. Mais Zytek a un projet pour rattraper la situation, un projet très particulier…

Block 109

Là où les auteurs ont fait fort, c’est qu’à partir de cette trame dont on connaît déjà la fin grâce à ce gros volume initial, ils ont sorti dans la foulée d’autres albums se déroulant dans cette version alternative de l’Histoire. Dans « Etoile rouge », on suit ainsi des pilotes français du Normandie-Niemen qui combattent les nazis au côté des Soviétiques. Dans « Opération Soleil de plomb », on s’embarque pour l’Afrique où l’Allemagne peine à contrôler ses mines d’uranium. Etc. On en est aujourd’hui à 6 volumes se lisant indépendamment, le septième sortant au mois de Novembre, même si le dessinateur original, ayant ses propres projets à mener, a laissé la main à partir du volume 6 : je vous rassure, son remplaçant – Ryan Lovelock – est à la hauteur de cet univers bien sombre.

Etoile rouge

Bref si vous n’avez qu’une série à acheter en uchronie Seconde Guerre mondiale, ne passez pas à côté de celle-ci. Certes, depuis le succès de « Block 109 », d’autres éditeurs se sont engouffrés dans la brèche en sortant leur propre série uchronique, voire diesel-punk : « Wunderwaffen », « Space Reich »,« WW 2.2 », « Les divisions de fer », certains volumes de la série « Jour J », le choix est certes large, mais la qualité loin d’être rendez-vous.

Trop souvent, le point de départ de l’uchronie n’est pas solide : ainsi, dans « Les divisions de fer« , le Reich a enlevé Einstein ce qui lui a permis de construire des méchas trop cool de la mort qui tue… ; dans « Wundewaffen », l’Allemagne a repoussé le débarquement grâce à ses seules unités aériennes à réaction, mais bien sûr… Quitte à faire dans la « nazixploitation », autant le faire bien en allant se mater le kitchissime « Iron sky » 😉 Seul « WW 2.2 » est plus cohérent, mais il souffre de la mauvaise habitude actuelle des grands éditeurs : sortir un grand nombre de volumes d’une même série, en confiant chaque volume à des auteurs différents, ce qui amène évidemment à de grands écarts de qualité.

Pour conclure, si avec tout ça vous n’avez pas de quoi occuper la fin de vos vacances, je me la coupe et je la mange, comme dirait l’autre ! ^_^