« Do we dream of electronic movies ? » (Revue certifiée sans spoiler !)

Salutations les aminches !

« Ca y est ! Je l’ai vu !
Le retour de l’enfant prodigue !
Le come back le plus attendu et le plus craint du cinéma SF !
Je veux bien entendu parler du biopic sur Jar Jar….
– Stop ! Au poteau et fusillez-moi ça tout de suite ! On ne plaisante pas avec le Grand Ancien qu’est Blade Runner ! »

Scott créa Blade Runner et il vit que cela était bon…

Bon, pour les ignorants/mécréants/hérétiques qui se tapiraient parmi vous (par respect pour leur famille, nous tairons leur nom) faisons d’abord un bref retour en arrière afin de revenir aux sources de ce monument du 7ème art qu’est « Blade Runner »

« Regarde de tous tes yeux, regarde ! »
Jules Verne, « Michel Strogoff », 1876

Nous sommes en 1982 et Ridley Scott sort son troisième film. Auréolé de la réussite d’Alien, il a poursuivi dans la SF en s’attaquant d’abord à une éventuelle adaptation de la saga de Frank Herbert « Dune », mais a laissé tombé pour se concentrer sur celle d’une nouvelle de Philip K. Dick : « Do Androids dream of electronic sheep » qu’il sort sous le nom de « Blade Runner ». Si le film ne connaît pas le succès escompté en salle, c’est une toute autre affaire en vidéo où il entame une carrière au niveau international. Tant et si bien que le film ressort en 1991 en une nouvelle version plus conforme aux souhaits initiaux de Scott, puis retrouve la voie des salles en 2007 à l’occasion de sa remasterisation.

Pourquoi un tel succès ? Pas si évident à expliquer, d’autant que beaucoup le considèrent comme un film mou et trop lent. Cette lenteur revendiquée participe en réalité à la réussite du film, car elle lui permet de poser un univers cyberpunk crédible. Des décors à couper le souffle, une photographie exceptionnelle, une musique envoûtante composée par Vangelis, des acteurs en état de grâce – qui a dit Rutger Hauer ? -. Bref, Scott réussit à donner vie à tout un imaginaire cyberpunk que l’on avait pu découvrir dans les oeuvres d’un Gibson ou d’un Brunner, tout en racontant une histoire certes simple, mais source de bien des débats entre fans et plus généralement de réflexion sur la condition humaine.

« I’ve seen things you people wouldn’t believe.
Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhäuser Gate.
All those moments will be lost in time, like tears in rain.
Time to die. »

Et Scott dit : que la suite soit et la suite fût (mais par Villeneuve) !

Et nous revoilà 35 ans plus tard : Scott a vieilli et cela s’est malheureusement senti dans ses derniers films, dans lesquels il massacre allègrement une partie de son oeuvre. Non, ne comptez pas sur moi pour parler d’un « Alien : Prometheus » et encore moins d’un « Alien : Covenant », je préfère encore me taper le biopic de Jar Jar susmentionné !

Or donc, ce Scott 2.0 s’est décidé à mettre en branle une suite à « Blade Runner », annoncée pour 2017. Déjà échaudé par le naufrage de « Covenant » sur les écrans, c’est avec une appréhension certaine que j’attendais la sortie de ce « Blade Runner – 2049 ». A un point près toutefois, la réalisation a été confiée à un réalisateur de confiance qui a largement fait ses preuves : Denis Villeneuve. Ce réalisateur, c’est « Prisoners » en 2013, « Sicario » en 2015, « Arrival » en 2016 : à chaque fois, un plaisir pour les yeux tant cet homme est un esthète avec une photographie à se taper le cul par terre, mais aussi une capacité à développer une réelle atmosphère. C’est donc mi-inquiet, mi-confiant, que je suis entré dans la salle jeudi dernier, pour découvrir en VOST ce nouvel opus. Alors quid au final, me demanderez-vous ?

Eh bien le résultat est à la hauteur et écrase sans difficulté aucune les dernières bouses pondues par Scott. Atteint-il pour autant son illustre aîné de 1982, du temps où Scott était un vrai réalisateur ? Non, mais ce n’est pas ce que j’espérais. « Blade Runner » (1982) reste un petit miracle cinématographique, une merveille d’équilibre entre plusieurs facteurs dont Scott n’a peut-être pas lui-même bien pris conscience sur le moment. C’est comme cela avec les états de grâce : tout vous réussit sans que vous ne parveniez à saisir le pourquoi du comment.

Le nouvel opus bénéficie d’atouts qui en font un grand film qui fera date dans la SF :
– le rythme du film originel a été respecté : la lenteur est au rendez-vous, mais pas l’ennui. Je n’ai pas vu passer les 2h43 du film, même si l’on a bien conscience de certaines longueurs. Mais elles sont tellement belles que cela passe comme une lettre à la Poste. Ce rythme zen permet de poser l’ambiance et nous laisse nous en imprégner, rentrer dans ce futur dystopique.
– l’image, la photographie est à tomber. Certaines scènes sont d’une beauté à couper le souffle : l’esthétisme de Villeneuve oeuvre toujours et s’exprime encore mieux amha dans la science-fiction. C’est d’ailleurs avec plaisir que j’ai appris qu’il devrait s’atteler à la réalisation d’un « Dune » dans les années qui viennent : j’en bave d’avance.
– les clins d’oeil au premier film sont légions, mais pas envahissants pour le néophyte. Que ce soit en termes de décor, de charadesign, d’objets, de météo – Ah la pluie de « Blade Runner », un personnage à part entière du film ! – tout rappelle son prédécesseur sans pour autant se cantonner à un bête copier-coller.
– la musique va dans le même sens, s’inscrivant dans la droite ligne des créations de Vangelis, tout en s’en détachant pour trouver son identité propre. Là encore, les clins d’oeil sont nombreux, mais mis à part deux-trois moments où elle sonne un peu faux, elle colle relativement bien à l’ambiance voulue par le réalisateur, même si on reste loin de celle du vieux maître grec.

Esthétisme, quand tu nous tiens !

Pour autant, tout n’est pas rose en ce noir futur et le film n’est pas exempt de défauts :
– l’esthétisme de Villeneuve est certes à tomber, mais il est parfois envahissant. Tout est tiré au cordeau, pensé au mm, jusqu’à l’excès. Dans le premier opus, un vrai désordre régnait tant dans les rues, dans les immeubles délabrés, que dans les bureaux/appartements de la plupart des protagonistes. Cela sentait le vécu, un mensonge auquel on finit par croire tant cela semble crédible. Ici, toute à son obsession de l’image parfaite, Villeneuve en oublie que ses personnages sont censés parcourir/vivre dans les lieux qui servent de cadre mais on n’y croit guère tant c’est léché. Même la poussière de l’endroit dans lequel notre bon vieux Deckard a trouvé refuge, semble être au garde-à-vous ! Un comble tout de même !
– l’histoire, pas inintéressante, est beaucoup trop linéaire. Le personnage principal – K – mène son enquête sans fausse note : aller de A à B, trouver indice, puis le suivre jusqu’à C et ainsi de suite. C’est trop visible, trop prévisible parfois, c’est dommage et cela aurait pu/dû être davantage travaillé. En même temps, vu que les scénaristes du film sont les mêmes que ceux qui ont travaillé sur « Alien : Covenant », je m’attendais à bien pire que cela : « Blade Runner – 2049 » s’en tire bien, mais ce n’est pas pour son scénario qu’il restera dans les annales.
– l’atmosphère particulière du premier film n’est pas au rendez-vous : c’était prévisible, car je pense qu’il est difficile de la reproduire tant cela tient à des éléments pas toujours maîtrisables, mais l’ensemble reste un peu froid. C’est à la fois voulu par le scénar, par la direction des acteurs – Ryan Gosling « K » n’est et ne sera jamais Harrison Ford « Deckard » – mais également renforcé par le sur-esthétisme de Villeneuve et par une musique parfois trop formatée (le père Zimmer est passé par là…)

Au final, un très bon film de SF, à voir absolument sur grand écran. Les amoureux de la SF dans tout ce qu’elle a de plus noble ne seront pas déçus, le film rend hommage au genre et s’inscrit comme une nouvelle étape dans la transposition de celui-ci au cinéma.

Il ne dénature pas non plus son prédécesseur et en ces temps où la repompe hollywoodienne fonctionne à plein-régime, c’est suffisamment rare pour être remarqué. Au contraire, il le complète sans pour autant atteindre son niveau. Et finalement, est-ce grave ? Un chef-d’oeuvre reste un chef-d’oeuvre : difficile à réaliser, difficile à égaler ! 😉

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