Sélection estivale sous une pluie de balles – Part. I

Salutations les aminches !

Une fois n’est pas coutume, rien sur le petit monde de Dust Warfare/Tactics aujourd’hui. Ce n’est pas qu’il n’y ait rien à dire, bien au contraire : reprise des hostilités entre Dust Studio et Battlefront sur fond de fin de KS, on n’est pas loin d’une telenovela à ce niveau… ; sortie de deux nouveaux starter sets dont un pour l’Axe et un autre pour la nouvelle faction Mercenaire ; et sortie de la troisième boîte en premium camo Zverograd des unités du KS, cette dernière n’étant autre que celle du SSU, mes chouchoux !

Quoi ? Pas d’Open the box autour d’une boîte d’armée SSU ? WTF me direz-vous ! Si cela ne tenait qu’à moi, ces défenseurs de la Mère Patrie seraient déjà entre mes mimines tremblantes ! Hélas, la logistique bancaire ne suit pas et je n’ai pas actuellement les sousous pour à la fois soutenir l’effort de guerre soviétique en plastique et dans le même temps partir en vacances avec la petite famille. Notez bien que j’ai pourtant pesé le pour et contre, mais ma femme ne manque pas d’arguments en faveur de l’escapade estivale familiale, le plus percutant tenant en un fusil à pompe collé à ma tempe au moment où je me connecte sur le site de Dust Studio…. Bref, me voilà obligé de reporter ma commande à la rentrée, tout en me contentant de déshydrater sur place à force de baver devant ces nouveautés SSU !

Alors, quid en attendant ? On ne va tout de même pas parler de la canicule ou du tour de France tout de même ? Sans compter qu’avant que je termine cet article, Christopher Froome sera déjà arrivé à Paris, avec une avance de trois jours sur le reste du peloton….^_^ Que nenni ! Je vous propose donc de parler culture pour une fois – non ne partez pas avant d’avoir fini la phrase ! – sans toutefois quitter cette période historique qui me passionne : la Seconde Guerre mondiale.

C’est pourquoi je me propose de vous faire une petite sélection de livres/films/BD etc, tournant autour du conflit. Evidemment, je vais essayer de sortir des sentiers battus et rebattus – non, rien sur « Le jour le plus long » ou encore sur Mister Ryan – en vous proposant des oeuvres que vous connaissez peut-être moins et qui tournent plus autour du Front de l’Est, qui reste plus méconnu par chez nous.

Aujourd’hui, partie I de cette sélection estivale : Généralités et littérature. Ciné et BD suivront dans quelques jours, alimentant évidemment un suspense ô combien insoutenable !

Généralités en vrac

– Si le Front de l’Est vous est moins bien connu, je ne peux que vous conseiller le petit ouvrage de Philippe Richardot : « Hitler face à Staline. 1941-1945 » C’est une très bonne synthèse, assez rapide à lire au vu de l’ampleur du sujet. L’auteur y est bien au fait des dernières avancées de la recherche historique et sait présenter les choses de façon très intelligible. Seul hic, mais de taille, pas une carte à se mettre sous la dent ! Rien, nada, que dalle ! Quand on connaît l’immensité des territoires concernés, la complexité des opérations entreprises et évidemment notre méconnaissance géographie de l’est de l’Europe, il est difficile de s’y retrouver. A lire oui, mais avec un atlas sous les yeux !

Hitler-Staline

– Parce que la guerre à l’Est n’a pas grand chose à voir avec ce qui se passe à l’Ouest ; parce qu’on ne peut pas non plus toujours pousser des figurines de petits soldats en faisant comme si la guerre avait été propre ; on ne peut pas faire l’économie d’un ouvrage sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en masse par les forces de l’Axe dans la partie orientale du continent. Parmi les nombreux ouvrages sur le thème, j’ai sélectionné celui-ci « Einsatzgruppen – Les commandos de la mort nazis » de Mickaël Prazan. Ce dernier n’est pas un historien mais un documentariste qui a tourné un film sur les exactions des Einsatzgruppen. A cette occasion, il a parcouru les théâtres d’opération des 4 grands Einsatzgruppen, dans les pays Baltes, en Biélorussie, en Ukraine, dans le Caucase. Il a pu y constater la blessure toujours ouverte laissée par cette période sombre, d’autant que nombre de locaux y ont participé, encouragés en cela par des SS bien contents de se débarrasser de la sale besogne. A partir du matériel récolté pour son film, il a construit un ouvrage relativement clair, bien que n’ayant pas la mention « Historien professionnel » dessus, ce qui n’est pas évident dans un champ de recherche très actif, le bilan de la « Shoah par balles », l’implication de tel ou tel groupe ethnique restant encore discuté. Négliger cette question, c’est passer à côté d’une donnée majeure dans l’Histoire de l’Europe orientale, ne serait-ce que dans le conflit actuel entre Ukrainiens/Séparatistes pro-Russes/Russes.

Einsatz

– Si cette question du durcissement des soldats allemands à l’Est vous intéresse, je vous invite à vous pencher sur l’essai d’Omer Bartov « L’armée d’Hitler. La Wehrmacht, les nazis et la guerre ». Il essaye d’esquisser la façon dont une armée ordinaire se transforme peu à peu en une armée de bourreaux, prête à tous les expédients. Un livre intéressant mais qui reste un essai et ne peut donc pas prétendre à la vérité historique avérée, d’autant plus que ce thème reste sous-estimé par les historiens occidentaux, du fait que les forces allemands ont nettement moins affiché ce type de comportement sur le Front Ouest, en-dehors de cas ponctuels en Italie ou en France avec le tristement célèbre Oradour-sur-Glane : on est cependant loin des 600 villages ayant connu le même sort rien qu’en Biélorussie…

L'armée d'Hitler

– De façon plus générale, si vous souhaitez vous tenir au courant des dernières évolutions de la recherche historique en matière militaire, je ne peux que vous conseiller l’excellente revue « Guerre et Histoire » des éditions Mondadori. Une revue de qualité, tant sur le fond que sur la forme et qui en est déjà à son numéro 25. Parmi les sujets récurrents, la Seconde Guerre évidemment et le Front de l’Est en particulier : les auteurs de cette revue sont en effet en pointe sur cette thématique, rompant avec un demi-siècle de mise en avant du Front Ouest, celle-ci s’expliquant au-delà de notre proximité géographique, par les effets indirects de la Guerre Froide : difficile de mettre en avant le rôle clé des Soviétiques dans la guerre alors qu’on était en plein conflit idéologique avec eux…

Guerres-Histoire-2

Guerre et littérature

Non, ce n’est pas le titre d’une autre revue, mais tout simplement quelques conseils de lecture alliant ce thème avec quelques belles plumes. Je ne peux évidemment commencer que par le classique des classiques, bien que trop souvent oublié : Vassili Grossman.

– Cet ex-ingénieur et écrivain s’engage en 1941 comme correspondant de guerre auprès de l’Armée rouge. Il y suivra les Frontoviki pendant 4 ans, depuis les déroutes de l’été 1941 jusqu’à l’effondrement du IIIème Reich à Berlin, en passant évidemment par la bataille de Stalingrad. Cette longue expérience du front lui a donné matière à un roman fleuve divisé en deux parties : « Pour une juste cause » et « Vie et destin ». Les deux sont indissociables, assez touffus – ce qui n’étonnera pas les habitués de la littérature russe, mais peut décontenancer les autres – mais c’est surtout le second qui est le plus marquant. Il y narre en effet la défense désespérée à Stalingrad, l’organisation et la mise en branle de l’opération Uranus visant à encercler la VIème armée allemande, le tout sur fond de violence omniprésente lié au parti bolchévique et au système soviétique. C’est d’ailleurs ce qui lui vaudra d’être interdit de parution jusque dans les années 70, les services soviétiques ayant tout fait pour empêcher sa diffusion.

Pour_une_juste_cause

Vie_et_destin

 

 

 

 

 

 

 

 

Si la densité d’écriture de Vassili ne vous rebute pas trop, je ne peux que vous inciter également à vous pencher sur ses « Carnets de guerre – De Moscou à Berlin – 1941-1945 ». Un recueil de textes patiemment sélectionnés par l’historien britannique Anthony Beevor et permettant d’avoir accès à des témoignages de première main de quelqu’un qui a vécu la première bataille de Kiev, la bataille de Briansk, la défense de Stalingrad et les débuts de l’opération Uranus, la bataille de Koursk, celle plus terrible encore du Dniper, l’opération Bagration, la prise de Berlin…. Un « pedigree » en tant que correspondant de guerre dont bien peu peuvent se targuer.

Carnets_de_guerre_de_Moscou_a_Berlin_1941_1945

– Dans la catégorie dense et doté d’une narration pas toujours évidente à suivre, le livre de Jonathan Littell en impose également, mais il s’avère passionnant. Je veux bien entendu parler de cet ouvrage qui fait grand bruit lorsqu’il a obtenu le prix Goncourt en 2006 : « Les Bienveillantes ». Un roman fleuve qui suit le parcours d’un officier SS – Maximilien Aue – qui va participer aux crimes de masse commis par les Einsatz, connaître les affres de la bataille de Stalingrad, ainsi que l’effondrement du Reich. bon, il ne faut pas se mentir, ce roman souffre de nombreux défauts qui en ont irrité plus d’un :
* les états d’âme du personnage principal sont un peu étouffants : frère incestueux d’une soeur jumelle adulée, meurtrier d’une mère haïe, homosexuel au sein d’une SS qui punit ce type de comportement par le camp de concentration, cela fait beaucoup pour un seul homme ; cela sans compter sa décomposition psychique au fur-et-à-mesure qu’il s’enfonce dans l’extermination des populations juives à l’Est
* il se retrouve à tous les moments clés, vivant les massacres de Babi Yar de Kiev, l’encerclement à Stalingrad, la mise en place du système génocidaire, la chute de Berlin : là encore, cela fait beaucoup, trop disons-le carrément
* sa vision de la Shoah découle de celle de la célèbre philosophe Hannah Arendt : la « Banalité du Mal » c’est-à-dire des exactions commises avant tout par devoir, obéissance, sans qu’il n’y ait forcément de raison idéologique mise en avant par l’exécutant, celle-ci restant du ressort des autorités supérieures. Une vision nettement revue par les historiens actuels, pour qui l’idéologie n’a jamais été absente dans l’exécution de ces crimes, ce quel que soit le niveau concerné

les_bienveillantes

Bref, c’est un ouvrage controversé, dans lequel tout n’est pas à prendre à la lettre. Mais c’est une claque littéraire monumentale, appuyée sur un travail extraordinaire de documentation, un nouvel incontournable sur la période amha dont on ne ressort pas indemne.

– Plus récent et d’un abord plus facile, « HHhH » de Laurent Binet est une réussite. Fasciné par la personnalité de Reynard Heydrich, Laurent Binet oscille dans son livre entre biographie historique et romancée, s’interrogeant par la même occasion sur la meilleure solution pour un écrivain d’aborder des personnages historiques de cette ampleur : l’histoire ou la fiction ?

HHhH

Au-delà de ces interrogations, il nous livre un portrait très intéressant de ce pilier du régime nazi, personnage glaçant et fascinant à la fois, bras droit d’Himmler, chef du RHSD, « protecteur » de Bohême-Moravie (pour le plus grand malheur de ses habitants), grand ordonnateur de la Solution finale validée par la conférence de Wannsee en janvier 1942, le « meilleur d’entre nous » dixit Hitler, l’archétype du nazi dans toute sa cruauté, Le « cerveau d’Himmler » selon l’adage en vigueur à l’époque : Himmlers Hirn heißt Heydrich d’où l’acronyme HHhH.

– Dans un registre plus léger, Philip Kerr a composé ces dernières années une série de romans policiers suivant les aventures d’un Philip Marlowe à l’allemande : Bernard Gunther. Ancien soldat de la Grande Guerre, ce policier travaillant à l’Alexstrasse à Berlin se retrouve embarqué par le flot de l’Histoire après 1933. On le suit ainsi à plusieurs étapes de sa vie : tour à tour inspecteur de police, responsable de la sécurité de l’hôtel Adlon, détective privé, puis incorporé sans son accord dans la SS suite à la prise de contrôle de la police criminelle par le RHSD, contraint à la fuite après-guerre du fait de son passé complexe, etc.

Evidemment, tous les clichés sont présents : le héros désabusé et revêche à toute autorité/idéologie, des méchants comme on n’en fait plus orbitant dans les hautes sphères nazies/ou de l’espionnage après-guerre, des femmes toutes plus fatales les unes que les autres et ayant comme point commun un irrésistible désir de passer dans le lit de notre héros, des complots à tous les niveaux dans lesquels le bon côté se distingue mal du mauvais, etc. Là encore, on se demande comme le héros peut vivre autant de vies en une seule, mais ça marche parce qu’il est attachant, qu’on aime la gouaille de ce Berlinois pure souche, mais aussi parce que c’est bien écrit et que le cadre historique de 1933 au coeur de la Guerre Froide est tout simplement passionnant.

Si vous souhaitez vous lancer dans l’aventure, le mieux est de commencer par la « Trilogie berlinoise », trois enquêtes reliées en un seul tome et qui forment les trois premiers volumes d’une série qui en compte désormais neuf. A noter que ces volumes ne sont pas rédigés dans l’ordre chronologique et qu’on s’emmêle parfois les pinceaux : vous pouvez donc les lire dans l’ordre de parution ou préférer les différentes étapes dans la vie du héros.

Trilogie Berlinoise

Et si vous appréciez le travail de Philip Kerr, n’hésitez pas à aller voir ce roman one-shot ayant également pour cadre guerre : « La Paix des dupes : Un roman dans la Deuxième Guerre mondiale » dans lequel l’auteur s’amuse à imaginer des tractations secrètes entre Hitler, Staline et Roosevelt afin de mettre fin au conflit. Guère crédible, fleurant le bon vieux roman d’espionnage, il n’en reste pas moins jouissif à lire et bien adapté à la période estivale.

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To be continued…

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